Sanctions américaines : Kigali dénonce, Kinshasa approuve
Dans les rues de Kinshasa, les habitants interrogés disent voir dans ces sanctions un premier pas vers un changement sur le terrain, même si beaucoup restent prudents.
« On peut déjà féliciter, mais nous avons besoin de voir la paix. C’est tout ce que les Congolais veulent « , explique un passant.
« Je prie que ces sanctions soient vraiment exécutées et que la situation de l’Est change », ajoute une autre voix.
D’autres se montrent sceptiques : « Si aujourd’hui le gouvernement de la RDC n’a pas une mainmise sur ses territoires occupés, je ne vois pas en quoi cela pourrait avoir de l’impact. »
Ce sont là quelques réactions de Congolais rencontrés dans les rues de Kinshasa. Des citoyens qui saluent donc les sanctions américaines contre l’armée rwandaise mais aussi quatre de ses officiers supérieurs. Washington les accuse justement, de soutenir les rebelles de l’AFC-M23 qui occupent une partie de l’Est de la RDC. Les Etats-Unis exigent du Rwanda qu’il retire ses troupes du sol congolais.

Pression sur les belligérants
Dans ce contexte de dégradation continue de la situation sécuritaire, ces sanctions sont une façon pour les Américains, d’augmenter la pression en vue de la mise en œuvre des accords de Washington. C’est ce qu’estime l’analyste Christian Moleka, coordonnateur de la dynamique des politologues du Congo, la DYPOL.
« Ramener les sanctions, c’est augmenter un registre dissuasif sur le Rwanda et pousser les parties à respecter les différents accords. C’est un frein mis sur l’implication du Rwanda, pour les ramener à une logique négociée plutôt que militaire. »
Les sanctions annoncées ce lundi ont été promises après quel’AFC-M23 a conquis la ville d’Uvira, dans l’est de la RDC, le 10 décembre dernier, une semaine seulement après l’entérinement des accords de paix de Washington.
Le chercheur Bram Verelst de l’institut des études de sécurité en Afrique, l’ISS Africa, estime que ces mesures auront des implications financières incalculables au Rwanda.
« Pas de transaction avec des personnes américaines ou des transactions qui impliquent les Etats-Unis. Ce qui va rendre plus difficile l’accès au dollar pour les RDF (armée rwandaise). Ces sanctions auront aussi un effet sur l’écosystème militaire qui va au-delà du RDF comme institution militaire parce que les RDF sont aussi un acteur économique au Rwanda. »

Quatre généraux visés par Washington
Les quatre généraux rwandais sanctionnés sont : Mubarakh Muganga, chef d’état-major général des armées du Rwanda, Vincent Nyakarundi, chef d’état-major de l’armée de terre, Ruki Karusisi, commandant de la 5e division d’infanterie et ancien patron des forces spéciales rwandaises et Stanislas Gashugi, chef des forces spéciales rwandaises depuis le 15 mars 2025.
Alors que le Rwanda participe à des missions de maintien de la paix dans certains pays comme le Mozambique et la République centrafricaine, le chercheur Bram Verlest pense qu’avec ces sanctions, le pays pourrait avoir des difficultés pour l’achat et l’entretien des équipements militaires.
Par Jean-Noël Ba-Mweze
Correspondant à Kinshasa en RDC pour le programme francophone de la Deutsche Welle

