À la Une: djihadistes et indépendantistes entendent maintenir la pression sur Bamako au Mali
« Le blocus est déclaré autour de Bamako, s’exclame Le Monde Afrique. Cinq jours après les attaques coordonnées lancées samedi contre la junte au pouvoir par les rebelles indépendantistes du Nord et des combattants du JNIM, affilié à Al-Qaida, ces derniers ont annoncé le siège de la capitale malienne. « À partir d’aujourd’hui, nous bloquons Bamako (…). Personne n’y entrera plus » jusqu’à nouvel ordre, a prévenu un des porte-parole des djihadistes. »
Le Monde Afrique qui précise qu’il n’a pas été en mesure de vérifier la réalité de ce blocus. Pour sa part, pointe encore le journal, « la junte, bien que fragilisée face à ces menaces, semble tenir bon. » Du moins à Bamako, où la situation s’est stabilisée. A contrario, « dans le Nord, de plus en plus de localités échappent désormais au contrôle du régime militaire ».
Qui a gagné ?
De son côté, la presse malienne, notamment le site Bamada, relaye les communiqués rassurants des Fama, les Forces armées maliennes : « les FAMa poursuivent, de manière continue et coordonnée, peut-on lire, des missions de reconnaissance, de surveillance et de neutralisation des menaces terroristes sur plusieurs axes stratégiques du pays », notamment dans les régions de Mopti et Ségou. « Cette dynamique s’inscrit dans une volonté nationale de reconquête totale de l’intégrité territoriale et de restauration durable de la sécurité sur l’ensemble du territoire. »
Le site Maliweb rapporte pour sa part les affirmations du média russe African Initiative. African Initiative qui estime que « les Maliens ont rapidement maîtrisé la situation après les attaques dans la région de Bamako. Au bout de 24 heures, l’aéroport a repris ses activités, il n’y a pas eu de crise du carburant, et les banlieues de la capitale ont été débarrassées des djihadistes. Qui a gagné ? La réponse est sans équivoque, s’exclame African Initiative : l’armée malienne et l’Africa Corps ».
Autocritique ?
Toutefois, le média russe reconnaît que « l’heure est venue de prendre des mesures politiques au Mali. Il s’agit notamment d’une éventuelle autonomie supranationale des Touaregs, qu’il faut transformer en force soutenant l’Alliance des États du Sahel, malgré les divergences entre leurs dirigeants et les gouvernements officiels. Il s’agit également d’une réintégration globale des régions séparatistes — celle-ci implique non seulement un contrôle militaire, mais aussi la création d’emplois et la reconstruction des infrastructures, pour lesquelles Bamako ne dispose pas encore des ressources nécessaires. »
African Initiative reconnait donc assez clairement les limites du tout militaire pour venir à bout du problème djihadiste et indépendantiste.
La double erreur de la junte ?
De son côté, le site Afrik.com estime que les militaires maliens ont commis deux erreurs… « La junte se retrouve au bord du gouffre après avoir tout misé sur deux paris, écrit le site panafricain : la solution militaire russe et le rapprochement avec Rabat au détriment d’Alger. Les deux ont échoué. »
En effet, précise Afrik.com, « la stratégie malienne reposait en grande partie sur le soutien russe, d’abord à travers Wagner, puis via l’Africa Corps avec 2000 soldats déployés. Pourtant, ces dispositifs n’ont pas permis d’enrayer l’insurrection (…) et ont connu dès le départ, des difficultés opérationnelles persistantes : manque de réactivité, coordination limitée et matériel sous-utilisé ».
Et puis autre erreur des militaires maliens, toujours d’après Afrik.com : leur rapprochement diplomatique avec le Maroc, au détriment de l’Algérie. L’Algérie, qui avec plus de 1.300 km de frontière commune, est directement concernée par l’évolution de la situation au Mali et qui est incontournable, toujours d’après le site panafricain, dans la perspective d’un accord de paix.
La France embarrassée ?
Enfin, la France hier a recommandé à ses ressortissants de quitter temporairement le Mali « dès que possible. »
Le Monde Afrique souligne « l’embarras » de Paris face à la crise malienne. Paris qui estime que « les attaques sans précédent du week-end dernier sont la preuve de l’échec des militaires maliens et de leur allié russe. » Paris qui observe, dans le même temps, l’avancée des djihadistes et des indépendantistes. Un scénario similaire à celui de 2012 « qui, un an plus tard, pointe le journal, avait conduit à l’intervention militaire française. »

