VOTE DE LA « LOI SONKO » AU SENEGAL : En attendant le Conseil constitutionnel…
C’est une loi plutôt controversée qui a été votée, le 28 avril dernier, au Sénégal, par l’Assemblée nationale, en ce qu’elle est vue comme une loi « taillée sur mesure » pour le chef du gouvernement, Ousmane Sonko, en vue de garantir son éligibilité à la prochaine présidentielle.
En rappel, l’ancien leader des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (PASTEF) et opposant farouche au régime de l’ex-président Macky Sall, a été exclu du scrutin présidentiel de 2024, après une condamnation judiciaire qui le rendait inéligible. Une condamnation qui pèse toujours sur sa tête ; d’autant plus que la Cour suprême avait rejeté, en juillet 2025, son recours en rabat d’arrêt de ladite sentence.
C’est un vote qui sonne comme une victoire d’étape pour Ousmane Sonko
Un verdict sans appel, qui n’empêchait pas l’ancien maire de Ziguinchor d’exercer ses fonctions de Premier ministre, mais avait pour conséquence de maintenir son inéligibilité pour cinq ans, en plus des autres peines prononcées à son encontre. C’est cette épée de Damoclès suspendue sur la tête de celui qui est connu pour avoir été le mentor du président Bassirou Diomaye Faye dans un passé récent, que vise à enlever le vote de cette loi qui fait des gorges chaudes au pays de la Teranga. Aussi bien au sein de l’opposition que d’une frange de la majorité présidentielle. On est d’autant plus porté à le croire que ces récriminations n’ont pas empêché que le projet de loi introduit via une procédure d’urgence, passe comme une lettre à la poste à l’Assemblée nationale où elle a été adoptée sans difficulté, le mardi dernier, par 128 voix pour, 11 contre et deux abstentions.
Comment peut-il en être autrement quand on sait que les législatives anticipées de novembre 2024, qui ont été organisées dans la foulée de l’élection du président Bassirou Diomaye Faye pour la succession de Macky Sall, ont consacré l’émergence d’un parlement dominé par le PASTEF qui a remporté 130 des 165 sièges qui étaient en jeu ? Toujours est-il qu’au-delà des raisons avancées, c’est un vote qui sonne comme une victoire d’étape pour Ousmane Sonko qui ronge ses freins, et ne cache pas sa volonté de devenir khalife à la place du chef de l’Etat qu’il a propulsé dans la course à la magistrature suprême à sa place, en raison de sa condamnation rédhibitoire.
Et il a d’autant plus des raisons de se réjouir que cette réforme électorale tend à garantir son éligibilité au prochain scrutin, en attendant que le Conseil constitutionnel à qui revient le dernier mot, se prononce sur la question. Car, s’il y a un sujet qui fait débat dans cette nouvelle loi électorale, c’est le principe de la rétroactivité. Et l’opposition a promis de saisir la juridiction suprême sur la question. En attendant, c’est le président Bassirou Diomaye Faye qui doit se faire du mouron. Car, cette remise sur le tapis, de l’éventualité de la candidature de son Premier ministre à la prochaine présidentielle, risque d’exacerber les tensions au sein du parti au pouvoir en renforçant la rivalité entre les deux principales têtes de l’Exécutif.
Si le PASTEF n’y prend garde, cette guerre de positionnement pourrait être lourde de conséquences pour la cohésion du parti
Et le vote de cette loi, au grand dam de la Coalition Diomaye président qui partageait les mêmes griefs que l’opposition, peut paraître comme une preuve tangible de la domination du parlement par les partisans du Premier ministre. Quoi qu’il en soit, si le PASTEF n’y prend garde, cette guerre de positionnement qui se joue en toile du fond dans la perspective de la présidentielle de 2029, pourrait être lourde de conséquences pour la cohésion du parti, si le chef de l’Etat et son Premier ministre devaient travailler à se neutraliser mutuellement.
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