Les fameux « tickets de sortie » : le coup de canif du CNT (Par Lamine Mognouma)
Il y a plus d’une décennie, en 2010, le débat sur le fameux « ticket de sortie » accordé aux « honorables » conseillers du Conseil national de transition (CNT) divisait déjà l’opinion publique. Les observateurs les plus lucides, loin d’avoir position tempétueuse sur le sujet, s’interrogeaient sur l’opportunité, voire le bien-fondé d’une telle décision. Ils le maintiennent en 2026, quand le débat refait surface.
Comme un vieux dossier remis au goût du jour, le principe a été curieusement adopté à l’unanimité par les principaux concernés. Chaque conseiller a ainsi perçu une prime de 500 millions de francs guinéens, pour un montant global de plus de 40 milliards de francs guinéens.
Et ce n’est pas tout! Le CNT a également indiqué que certains travailleurs parlementaires faisaient partie des bénéficiaires. Une enveloppe de 2,5 milliards de francs guinéens leur a été distribuée. Selon les explications qui ont fait l’objet d’une grande publicité dans le but de convaincre du bien-fondé de la mesure, les critères retenus reposaient sur « l’implication » de chacun. Cette appréciation laissée à la discrétion des responsables a été la peccadille qui a mis le feu au brasier. Car plusieurs travailleurs ont dénoncé un traitement injuste, contestant les critères ayant conduit au choix des bénéficiaires.
Mais cette controverse paraît presque lilliputienne devant une pratique qui tend à s’installer. Une habitude qui saigne les finances de l’État et qui risque d’encourager tous les autres travailleurs à revendiquer, eux aussi, une prime exceptionnelle pour les services rendus à la Nation. Dans la même logique, chacun pourrait réclamer les mêmes avantages.
« Au nom de la justice et de l’équité, l’État aurait alors bien du mal à leur opposer un refus, au motif qu’ils sont déjà rémunérés, alors que les conseillers, eux, bénéficient d’avantages bien plus importants et exercent leurs fonctions dans des conditions largement plus favorables au regard de leurs missions », s’est indigné un fonctionnaire.
Dans l’opinion publique, beaucoup estiment que c’est un coup de canif. Une décision qui n’honore guère une institution dont la mission est pourtant de veiller à une utilisation transparente, rigoureuse et parcimonieuse des ressources de l’État.
Pour le commun des Guinéens, il est difficile de comprendre que des personnes qui, pour la plupart, n’avaient pas le profil idéal et qui ont intégré l’organe législatif de la Transition par le biais de petits arrangements, et pour une mission limitée dans le temps, puissent aujourd’hui s’octroyer une telle rémunération supplémentaire. C’est aussi valable pour ces honorables conseillers de 2009, qui ont d’ailleurs été déçus de toutes leurs prétentions. Et personne ne s’en était plaint.
Certes, il est incontestable que des efforts ont été fournis. La mission qui leur avait été confiée a, dans l’ensemble, été menée à son terme. Ils n’ont pas été décevants. C’est vrai. Mais, encore une fois, rien de tout cela ne saurait justifier le partage d’une cagnotte aussi importante au titre d’un prétendu « ticket de sortie », une mesure jugée par beaucoup à la fois impopulaire et moralement contestable.
Mognouma Cissé
Source: https://mosaiqueguinee.com/2026/07

