Thierno Bocoum en colère : « Le camp du président Bassirou Diomaye Faye n’a pas à jubiler »
Par Sokhna Faty Isseu SAMB

Après la saisine du Conseil constitutionnel par l’Exécutif concernant le projet de révision de la charte fondamentale, le leader du parti AGIR dénonce un « double jeu » présidentiel et exige des explications.
La récente décision du président Bassirou Diomaye Faye de saisir le Conseil constitutionnel pour faire bloquer la proposition de loi portant révision de la Constitution continue de faire des vagues dans l’espace politique. Si le camp présidentiel salue une victoire de la légalité, l’opposition, elle, refuse de s’associer aux célébrations.
Thierno Bocoum dénonce une « complicité procédurale » entre l’Exécutif et l’Assemblée nationale, avant un rétropédalage de dernière minute.
Pour Thierno Bocoum, la saisine tardive des sages du Conseil constitutionnel ne saurait blanchir l’attitude de l’Exécutif. L’opposant rappelle que le chef de l’État a, dans un premier temps, activement accompagné cette initiative parlementaire pourtant jugée « manifestement irrecevable ».
« Le président de la République nous a fait faux bond à plusieurs reprises. Il a lui-même soutenu cette initiative par des amendements, puis par la sollicitation d’un vote bloqué », martèle le leader d’AGIR.
Selon l’analyse de M. Bocoum, si la stratégie du « vote bloqué » qui oblige l’Assemblée à se prononcer par un seul vote sur le texte, en ne retenant que les amendements du président, avait réussi, la loi aurait été adoptée en contournant les obstacles constitutionnels.
Pour le leader d’AGIR, les arguments d’inclusivité avancés aujourd’hui par le pouvoir ne sont qu’une tentative de masquer un « échec de procédure ».
Une victoire attribuée aux « forces vives »
L’ancien parlementaire revendique la paternité de la riposte juridique qui a poussé le gouvernement à reculer. Le processus s’est joué en quelques jours clés. Dès le 22 juin 2026, Thierno Bocoum alertait l’opinion sur l’irrecevabilité financière du texte et la question des charges publiques. Cette sortie a précédé la réunion de la commission compétente à l’Assemblée nationale fixée au 24 juin ainsi que le rejet consécutif du vote bloqué par le président de l’Assemblée qui a finalement mené à la saisine du Conseil constitutionnel par l’Exécutif en juillet.
« Cette première victoire revient d’abord à l’État de droit, mais aussi à tous ceux qui, sans relâche, ont dénoncé cette dérive », estime M. Bocoum, se réjouissant que l’argumentaire du président de l’Assemblée nationale n’ait pas résisté à l’examen des sages.
Au-delà de ce cas précis, le président d’AGIR dresse un constat alarmant de l’état des institutions, visant directement la majorité parlementaire qu’il accuse de transformer l’hémicycle en « instrument de règlements de comptes politiques » au service d’intérêts particuliers.
Face à ce qu’il qualifie de menaces récurrentes sur l’État de droit, Thierno Bocoum lance un avertissement clair au locataire du palais de l’avenue Léopold Sédar Senghor : « Le président de la République, gardien de la Constitution, ne peut plus hésiter. Il lui appartient d’anticiper les dérives et de veiller, comme du lait sur le feu, à toute tentative de domestication ou de personnalisation de nos institutions. »
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