Contre La sansure

A M. ROBERT BOURGI : LA MÉMOIRE D’UN PEUPLE N’EST PAS À VENDRE

0

J’ai suivi avec attention l’intervention de Robert Bourgi ce mardi sur une chaîne de télévision guinéenne.

Qu’il soutienne le Général Mamadi Doumbouya ne me pose aucun problème. Chacun est libre de ses choix et de ses affinités. Mais venant de Robert Bourgi, ce soutien soudain n’a rien d’une découverte. L’homme a passé quatre décennies à naviguer entre les palais présidentiels d’Afrique francophone comme un marin entre les ports.

Du Sénégal au Gabon, de la Côte d’Ivoire au Congo, il a été de presque toutes les cours, de presque tous les régimes, de presque toutes les confidences. Il a applaudi hier ceux qu’il critique aujourd’hui et encensé aujourd’hui ceux qu’il abandonnera demain.

La Guinée mérite mieux que les conseils d’un homme dont la boussole semble toujours pointer vers le pouvoir du moment.

Le Président Mamadi Doumbouya n’a pas besoin de parrains autoproclamés venus de l’extérieur. La Guinée n’est plus une salle d’attente où quelques intermédiaires de la vieille Françafrique distribuent certificats de bonne conduite et leçons de gouvernance.

Si notre pays doit s’inspirer de modèles, qu’il regarde vers les réussites africaines. Qu’il étudie les trajectoires de Paul Kagame au Rwanda ou d’Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire. Voilà des expériences de gouvernance qui méritent réflexion. Pas les sermons d’un homme qui a fait carrière en murmurant à l’oreille des princes.

Mais ce qui me choque davantage, c’est le ton méprisant employé à l’égard du Président Alpha Condé.

On peut critiquer Alpha Condé.

On peut contester son bilan.

On peut rejeter certaines de ses décisions.

Mais on ne peut pas oublier qu’il a été Président de la République de Guinée.

On ne peut pas accepter qu’un invité étranger vienne, sur une chaîne nationale, rabaisser avec désinvolture un ancien Chef d’État guinéen comme s’il parlait d’un personnage sans importance.

Car au-delà de l’homme, c’est l’institution qui est concernée.

Au-delà des divergences politiques, c’est la dignité de la République qui est en jeu.

Les grandes nations respectent leurs anciens dirigeants même lorsqu’elles ne partagent plus leurs choix. Le Sénégal honore Abdoulaye Wade. D’autres peuples préservent la mémoire de leurs anciens chefs d’État parce qu’ils savent qu’une nation qui humilie systématiquement son passé finit toujours par fragiliser son avenir.

Qu’on l’aime ou qu’on le déteste, Alpha Condé a marqué une époque de notre histoire nationale.

Il a laissé une empreinte.

Il a façonné un chapitre de la Guinée moderne.

Et cela mérite, au minimum, la retenue, la décence et le respect.

La sagesse africaine nous enseigne qu’un vieillard assis voit plus loin qu’un jeune debout.

Robert Bourgi aurait gagné en grandeur en se souvenant de cette vérité.

Car la véritable élégance n’est pas de flatter les puissants du moment.

La véritable élégance est de respecter ceux que l’Histoire a déjà jugés et que le temps continuera de juger.

La Guinée appartient aux Guinéens.

Et la mémoire de ses Présidents n’est ni un spectacle, ni une marchandise.

A bon entendeur salut!

Elhadj Aziz Bah


Caroline du Nord 🇺🇸

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

× Comment puis-je vous aider ?