Contre La sansure

Aboubacar Touré, le grand perdant du combat politique du GMD à Matam

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Ancien directeur de cabinet de l’ex-président de la délégation spéciale de Matam et l’un de ses plus fidèles lieutenants, Aboubacar Touré a été, dès la nomination de M. Koné, son plus fervent soutien. Malgré sa stature intellectuelle et son expérience politique, vieille de plus de vingt ans et supérieure à celle de son mentor, il est resté à ses côtés sans relâche.

Durant les deux années d’exercice de la délégation spéciale, il a été très actif sur le terrain, apportant sa touche personnelle aux différentes actions menées au nom de l’équipe. Son charisme et son éloquence faisaient de lui un élément incontournable au sein d’un groupe relativement peu expérimenté. Il convient de rappeler que M. Touré était conseiller sortant du précédent mandat communal et vice-président de la commission financière.

Malgré les soubresauts et les querelles politiques, il est demeuré loyal à son patron. À l’approche du triple scrutin, il espérait au moins obtenir un poste de député, de sénateur ou de maire adjoint en récompense des efforts consentis. Malheureusement, il n’a obtenu que la 19ᵉ place sur la liste de candidature du GMD, un rang très éloigné de ses ambitions et des sacrifices consentis, parfois au péril de sa carrière administrative et de son intégrité physique.

À la proclamation des résultats provisoires à Matam, le GMD n’a obtenu que 10 conseillers, contre 9 pour le mouvement Osons, 9 pour la Coalition des Leaders de Matam, 6 pour l’UFC, 4 pour Ma Commune Ma Priorité, 2 pour Matam Pour Tous et 1 pour Frondeg. Ces résultats placent les trois premières formations au coude-à-coude et ouvrent la voie à d’intenses négociations en vue de l’élection du prochain maire.

L’inculpation de la tête de liste du GMD, le 23 avril dernier, par la CRIEF pour détournement présumé de fonds publics, laisse les élus du parti sans véritable leader capable de briguer la mairie. En effet, parmi les candidats figurant sur la liste, aucun cadre de premier plan ne semble en mesure d’assumer ce rôle. Cette situation met davantage en évidence l’absence de M. Touré, qui aurait pu incarner une candidature d’envergure et prétendre sérieusement à la conquête de la mairie grâce à son expérience et à son profil.

De nombreux observateurs s’interrogent : comment a-t-il pu être ainsi écarté dans un jeu politique auquel il a tant contribué ? À la lecture de la liste des dix premiers élus, certains soulignent notamment que l’ancienne présidente des femmes du marché Avaria occupe la deuxième place, juste derrière Badra Koné. Pour plusieurs analystes, M. Touré était le candidat qui méritait le plus cette position.

Aujourd’hui, le GMD semble davantage appelé à jouer un rôle d’appoint dans les négociations autour des candidatures portées par la Coalition des Leaders de Matam, représentée par Alseny Marco Camara, et par le mouvement Osons de Seinkou Kourouma.

En politique, le pragmatisme est essentiel. Il faut savoir valoriser son poids politique au moment opportun. S’il avait choisi de rejoindre l’un des camps précédemment cités, il aurait probablement occupé une position bien plus avantageuse sur leurs listes. Sans forcément l’exprimer publiquement, beaucoup estiment qu’il se sent profondément trahi.

La question demeure donc entière : comment un cadre de son rang, reconnu comme l’un des plus instruits et des plus expérimentés politiquement, a-t-il pu se retrouver dans une formation où son engagement n’a visiblement pas reçu la reconnaissance qu’il méritait ?

Mohamed Youla

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