Contre La sansure

« Alpha Condé ou la promesse d’un faiseur de roi?» (Ali Camara)

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Alpha Condé n’est pas en prison… Et derrière toute cette volonté infaillible de rendre la justice ou que dis-je, de consulter la boussole – pour l’heure en tout cas – il n’est plus difficile de se rendre désormais à l’évidence, que c’est bien un homme libre, requinqué, qui séjourne paisiblement en Turquie. Comme un poisson dans l’eau dit-on chez nous ! Il reçoit ses visiteurs, chefs d’Etat, amis et collaborateurs, journalistes etc… Il paraît qu’il serait devenu entre-temps un réfugié politique au pays de Nazım Hikmet !

Il se « promène » et raconte ainsi à sa guise. Avec ce qui s’apparente aujourd’hui à un scoop qui n’en est pas un – quand on connaît déjà les rapports *gollumiques de l’homme avec le pouvoir. Vous auriez compris la référence à « Gollum » dans « Le Seigneur des anneaux ». Alpha Condé parle donc de son « Précieux », de ses prochaines « offensives », de la lettre de démission qu’il refusa de signer, de « traitres », de « laquais ». De ses distractions ordinaires voyons ! De la piètre politique à l’aune de nos aspirations ! En attendant – bien sûr – que vienne le jour où les uns et les autres auront à justifier comment et pourquoi tout cela a été rendu possible.

Lui qui, pour « reconquérir » le pouvoir est prêt à tout, sans la moindre gêne, « à aller avec tout le monde, qu’ils soient [ ses ] partenaires ou pas, c’est-à-dire les opposants à [ son ] pouvoir »… Mais à aucun moment de cet appel téléphonique, il ne rappelle les conditions de vie de ses compatriotes en ces temps incertains. Il n’a pas eu de pensée à nous donner sur notre misère commune. Il n’évoque même pas tant soit peu Kassory Fofana et tous ses autres compagnons d’infortune, encore en prison.

Même si le scénario d’un retour du « Sorbonnard » aux affaires semble de moins en moins crédible dans ce nouveau théâtre politique – au risque de croire à une impossibilité – il serait très imprudent de ne pas y relever les promesses de guerres souterraines, de guerres de leadership au sein de la vieille garde politique ; de ne pas scruter l’ombre de cette Réalpolitique qui reprend forme peu à peu. Des alliances secrètes ou contre nature ? La nébuleuse qu’est ce système durablement encré dans la politique guinéenne vit encore de par les derniers débris projetés – depuis – dans l’appareil d’Etat.

Qu’est que cela veut dire ? Cela veut dire qu’Alpha Condé a encore ses soutiens en hauts lieux ; que même ses adversaires d’hier ( sans doute pas tous, mais des figures emblématiques ) sont déjà – en tout cas très probablement – d’accord avec le principe ; et que fort de ces acquis, comme « Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage, remettez-le encore et puis recommencez », Alpha Condé n’a jamais prévu de jeter la manche après la cognée, bien au contraire, il se prépare. Il ressasse coûte que coûte – puisqu’il lui en a été donnés l’opportunité et les moyens.

Même si on peut être tenté de faire l’apôtre du bénéfice doute, ce serait sans jamais prévoir de questionner la vie politique de la Guinée de cette dernière décennie. Combien d’entre nous ont été choqués de voir au combien des intérêts politiques peuvent bien se moquer des questions de principes ou de valeurs pour lesquelles d’ailleurs nombreux de nos politiques n’ont que faire ? Combien de fois on nous a débité l’argument du « pragmatisme guinéen » sous l’autel de nos espoirs d’un véritable changement ?

Le pragmatisme du tout possible, ce n’est rien d’autre que du mercantilisme politique ! Que tous les moyens sont bons pour parvenir à ses fins, à garantir ses intérêts ; que tous les coups sont permis pourvu qu’ils soient efficaces à ses yeux. Il n’est pas de pragmatisme devant de tel désenchantement ! Un peuple longtemps désabusé, qui vit dans un « goumin » plusieurs fois répétés ne devrait plus faire dans la complaisance ou le contentement. Nous voulons le changement, le véritable changement. Pas celui qui prend forme dans les salons feutrés, dans des combines politiciennes, encore moins celui qui est annoncé quand le bavardage devient le discours et l’action politiques ; quand ce sont des leaders politiques – censés porter notre destin national – qui encourageraient ces méthodes.

S’il n’y a plus de morale à défendre, aucune once de valeur à promouvoir dans notre société politique ; quand il est si difficile d’apprendre de nos erreurs du passé, est-il besoin d’insister sur la fermeture de nos écoles, de nos mosquées et églises ? Que diriez-vous de remballer toutes ces choses là qui en seraient devenues futiles ? À quoi sert une croyance à un Bon et Grand Dieu quand on n’a même pas pitié de ses semblables ? À quoi bon d’enseigner à nos enfants quand ce sont les mauvais arbres qui fleurissent ? Mon Dieu que les guinéens souffrent ! Que les familles guinéennes sont dans la misère ! Mais la politique a tellement été foulé au pied…

C’est ainsi, comme dans un film déjà vu, qu’on montera la température, les pressions seront de partout, le temps de réchauffer quelques esprits mal avisés à bloc. On viendra davantage à saboter les initiatives d’un véritable dialogue inclusif ; à créer la confusion et le blocus… On y trouverait sans grand effort l’argument « efficace » – derrière L’INÉVITABLE GLISSEMENT DE LA TRANSITION QU’ON AURA SCIEMMENT PROVOQUÉ ET LES RISQUES QUE CELA PEUT COMPORTER – pour tenter de justifier tout et n’importe quoi. C’est le scénario de 2009 ou bien pire ? Allez-y savoir…

Par contre, si le « système » n’arrive pas à bout de contrôler la transition, de la conduire en ses convenances, ses derniers recours seront de faire main basse sur le processus électoral – à tous le niveaux. En influençant l’opinion publique, il pourrait ainsi décider de qui seront les figures de proue de cette nouvelle machinerie. La jurisprudence à ce niveau est assurément abondante en Afrique : le changement pour que rien ne change. C’est-à-dire que nous aurons perdu le temps de se quereller pour rien.

Il y’a une troisième hypothèse, celle dans ou par laquelle le CNRD ne bouge pas. Les subtilités sont si importantes dans cette phrase… Nous aurons probablement le temps d’aborder ce sujet au moment venu.

Mais il y a toujours un espoir dans notre sursaut patriotique et national, détaché de tout esprit partisan, de tout fanatisme, dans la lucidité des « sentinelles de la république » qui se tiennent toujours debout sur les remparts. Et comme la prunelle de nos yeux, exiger que cette transition soit cette fois la bonne. Cela passera nécessairement par le dialogue, par la contradiction politique qui ne peut être « incriminée » dans son principe. Faut-il – assurément – amener les uns et les autres sur le terrain véritable des intérêts nationaux, de l’intérêt commun, plutôt que de tergiverser sur les positions des uns et des autres, des intérêts politiques intrinsèques ou « pragmatiques ».

Et devant notre « ignorance » ou notre indifférence que d’aucuns veulent surexploiter, il faut rappeler à qui de droit que « Le bon sens est la morale la plus élémentaire ».

Par Aly CAMARA

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