Fifa: perte de confiance, appel à la démission, Infantino peut-il tenir ?
Timéo Guillon

Sous le feu des critiques après son projet de création de la Fifa Forward Enterprise (FFE), une structure ouverte à des investisseurs privés chargée de gérer les activités commerciales et événementielles de l’instance, Gianni Infantino y a finalement renoncé. Mais ce recul ne suffit pas à éteindre l’incendie. Alors que plusieurs fédérations estiment que la confiance est rompue avec le patron du football mondial, d’autres poussent en coulisses pour son départ.
Acculé par une fronde grandissante, Gianni Infantino a finalement renoncé à son projet d’ouverture de la Fifa à des investisseurs privés. Cette réforme, qui prévoyait la création de la FIFA Forward Enterprise (FFE) pour gérer les activités commerciales et événementielles de l’instance, faisait craindre une marchandisation du football et alimentait les soupçons de conflits d’intérêts.
Face à l’opposition croissante des fédérations, le président de la Fifa a reconnu les « divisions » suscitées par cette réforme et annoncé son abandon. Une volte-face provoquée par plusieurs revers successifs : la menace de boycott de la Coupe du monde brandie par l’UEFA, le rejet du projet par la Concacaf, le soutien affiché de la Confédération asiatique (AFC) à la position européenne mais surtout la démission de son principal conseiller, Carlos Cordeiro.
Une confiance durablement ébranlée
L’abandon du projet ne marque pourtant pas la fin de la crise. Pour plusieurs confédérations, le problème dépasse désormais la seule Fifa Forward Enterprise : c’est la gouvernance même de Gianni Infantino qui est remise en cause.
L’UEFA, qui avait accusé la Fifa de vouloir vendre « l’âme » du football, a salué une « victoire pour l’ensemble du football », tout en estimant que « la reconstruction de la confiance envers la Fifa » ne faisait que commencer. L’instance européenne réclame désormais que le responsable de ce projet rende des comptes, dénonçant des décisions préparées « dans l’ombre ». Même tonalité du côté de la fédération néerlandaise, qui évoque une « rupture de confiance fondamentale » envers Gianni Infantino et son leadership.
La Concacaf, qui regroupe les fédérations d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes, est allée encore plus loin. Dans un communiqué publié samedi, elle réclame une « mise à plat complète » estimant que ce projet est « le symptôme d’une gouvernance qui a cessé de placer le football au premier plan » et agit « en dehors de tout cadre et sans transparence, consultation, ni procédure régulière. »
Infantino bientôt destitué ?
En poste depuis 2016, Gianni Infantino est, à ce stade, le seul candidat déclaré à sa succession lors du congrès de 2027. Avant cette polémique, il bénéficiait du soutien de plus de 200 des 211 fédérations membres, selon The Guardian. Mais cette démonstration d’unité par défaut apparaît aujourd’hui beaucoup plus fragile.
Critiqué depuis plusieurs mois pour sa proximité avec Donald Trump, le dirigeant italo-suisse voit désormais une partie du monde du football remettre publiquement en cause son autorité. Selon The Telegraph, l’UEFA continue de faire pression pour obtenir son départ et menace de lancer une motion de défiance s’il refuse de démissionner. Pour qu’une telle procédure soit engagée, elle doit être soutenue par un cinquième des associations membres de la Fifa, soit 43 fédérations. À elle seule, l’UEFA en compte 55.
Si cette étape était franchie, un vote réunissant les 211 associations membres serait organisé. Une majorité simple des suffrages exprimés serait alors nécessaire pour mettre fin au mandat de Gianni Infantino. À elles seules, les trois confédérations qui ont publiquement fait front contre le projet (l’UEFA, la Concacaf et l’AFC) représentent 143 des 211 associations membres de la Fifa. Bien que cette majorité théorique ne préjuge pas de l’issue d’un éventuel vote, elle illustre l’ampleur de l’isolement politique du président de l’instance. Reste à savoir si l’abandon de la Fifa Forward Enterprise permettra à Gianni Infantino de reprendre la main, ou si cette séquence marque le début d’une contestation plus profonde de son autorité.
