Contre La sansure

GUINÉE : LE SILENCE DES ÉLITES, LA VICTOIRE DES MÉDIOCRES

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Les nations ne meurent pas toujours sous les coups de leurs ennemis. Elles s’effondrent souvent lorsque leurs consciences choisissent le silence.

La tragédie guinéenne n’est pas seulement économique, institutionnelle ou politique. Elle est avant tout intellectuelle et morale.

Depuis plusieurs décennies, une grande partie de l’élite nationale a déserté l’espace public. Les penseurs, les universitaires, les technocrates, les réformateurs et les patriotes éclairés ont progressivement abandonné le terrain du débat, laissant la place à une nouvelle caste dont la principale compétence consiste à servir le système plutôt qu’à servir la nation.

Pendant que les véritables bâtisseurs se taisent, les opportunistes occupent les plateaux de télévision, monopolisent les réseaux sociaux et façonnent le récit national. Ils ne défendent ni des idées, ni une vision, ni un projet de société. Ils défendent des intérêts.

Les mêmes familles politiques, les mêmes cercles d’influence et parfois même leurs héritiers biologiques se transmettent le pouvoir comme un patrimoine privé. Les fonctions publiques deviennent des récompenses, les institutions des instruments de clientèle, et les ressources de l’État un butin à partager.

Pendant ce temps, le citoyen ordinaire continue d’attendre.

Il attend une école digne de ce nom.
Il attend un système de santé fonctionnel.
Il attend l’eau, l’électricité, les routes et l’emploi.
Il attend depuis si longtemps que l’attente elle-même est devenue une culture nationale.

Le débat public, quant à lui, s’est transformé en un théâtre de propagande où le mensonge rivalise avec la manipulation. Des influenceurs sont mobilisés comme des mercenaires numériques. Des blogueurs sont recrutés pour fabriquer des récits artificiels. Les réseaux sociaux deviennent des champs de bataille où les clans politiques règlent leurs comptes pendant que les véritables problèmes du pays demeurent sans solution.

L’enjeu n’est plus de convaincre le peuple.

L’enjeu est de l’occuper.
Le distraire.
Le diviser.
L’empêcher de poser les vraies questions.

Comment un pays aussi riche en ressources peut-il demeurer aussi pauvre ?

Pourquoi les mêmes visages reviennent-ils sans cesse alors que les résultats restent désespérément les mêmes ?

Pourquoi l’excellence est-elle marginalisée tandis que la loyauté aveugle est récompensée ?

Pourquoi la compétence suscite-t-elle davantage de méfiance que la médiocrité ?

Une nation ne progresse jamais lorsque les courtisans remplacent les visionnaires, lorsque les propagandistes remplacent les intellectuels et lorsque les intérêts particuliers remplacent l’intérêt général.

La Guinée n’a pas besoin de plus de slogans.

Elle a besoin de vérité.

Elle n’a pas besoin de nouveaux sauveurs.

Elle a besoin de citoyens libres, exigeants et capables de penser par eux-mêmes.

L’histoire enseigne une leçon immuable : aucune société ne se transforme durablement lorsque ses élites abandonnent leur responsabilité morale et intellectuelle.

Le réveil de la Guinée commencera le jour où ses femmes et ses hommes de savoir décideront de réinvestir l’espace public, non pour conquérir le pouvoir, mais pour réhabiliter les idées, la vérité et le sens du bien commun.

Car lorsqu’une élite se tait, les démagogues gouvernent.

Et lorsqu’un peuple cesse d’écouter les consciences, il finit toujours par subir les ambitions des prédateurs.

A bon entendeur salut!

Elhadj Aziz Bah
Caroline du Nord

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