Contre La sansure

« La pression internationale est aujourd’hui indispensable »

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Les avocats d’Élie Kamano réagissent à l’appel du groupe de travail de l’ONU sur les disparitions forcées, qui demande aux autorités guinéennes de libérer les proches de l’opposant.

DW : Pourquoi aviez-vous saisi l’ONU ?

Maître Vincent Brengarth : À l’époque, nous nous étions tournés vers les autorités guinéennes pour demander des explications et obtenir des éléments, mais nous n’avons reçu aucune réponse à nos différentes correspondances. C’est pour cette raison que nous avons estimé nécessaire de saisir des juridictions internationales, dont l’ONU. D’autant plus que nous disposons d’un certain nombre d’éléments nous permettant de penser que le régime est derrière l’enlèvement des enfants d’Elie Kamano. Dans ces conditions, il est impensable d’imaginer pouvoir bénéficier d’une justice indépendante.

DW : Les autorités guinéennes ont toujours nié être à l’origine de l’enlèvement des enfants d’Elie Kamano, mais aussi des enlèvements de Biloba et de Foniké Mengué. Qu’est-ce qui vous fait penser qu’avec cet appel des experts des Nations unies, elles vont changer de position ?

Maître Vincent Brengarth : Il est aujourd’hui indispensable que les autorités guinéennes, puisqu’elles ne parviennent pas à agir d’elles-mêmes, soient soumises à la pression d’instances et de juridictions internationales pour leur rappeler ce que doit être le respect du droit. Lorsqu’il n’y a pas d’enquête interne réelle, nous sommes contraints de demander que des comptes soient rendus au niveau international. Ce qui est particulièrement marquant dans la communication des experts de l’ONU, c’est la suspicion d’un enlèvement lié aux activités politiques d’Elie Kamano, avec notamment une déclaration très forte :  » instrumentaliser des enfants comme levier et leur causer un préjudice irréparable constitue une violation flagrante « . Il subsiste évidemment un doute quant à la réaction des autorités guinéennes. En tout cas, nous souhaitons qu’elles répondent dès à présent aux demandes qui leur ont été adressées par les experts de l’ONU.

DW : Et si les autorités guinéennes campent toujours sur leur position, quelle sera la prochaine étape pour vous ?

Maître Vincent Brengarth : Aujourd’hui, toutes les options sont envisageables. Nous réfléchissons à d’autres initiatives judiciaires et, de manière générale, nous n’abandonnerons pas. Nous ne lâcherons jamais, car ce que des autorités autoritaires peuvent rechercher, c’est une forme de désorganisation : que les victimes renoncent à la justice nationale comme internationale, afin de garantir une impunité totale. Aujourd’hui, ce régime est fragilisé par les alertes émises par plusieurs organisations internationales. La multiplication de ces alertes peut contribuer à accentuer ces fragilités et à imposer la nécessité de rendre des comptes, et surtout de libérer enfin les proches d’Elie Kamano.

DW : Aujourd’hui, dans quel état d’esprit se trouve votre client, Élie Kamano ?

Maître Vincent Brengarth : C’est quelqu’un de déterminé, mais aussi profondément affecté. Il l’est, car ses enfants ont disparu et, depuis novembre 2025, il est sans nouvelles d’eux. Certains affirment que les autorités guinéennes pourraient ne pas être à l’origine de l’enlèvement. Je rappelle toutefois qu’aucun groupe ne s’est manifesté pour réclamer une rançon et qu’aucune information n’a filtré. C’est pourquoi il reste aujourd’hui profondément ému. Et bien sûr, qui ne le serait pas face à une telle situation, face à la disparition de ses enfants ?

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