Contre La sansure

La transition qui avait suscité de nombreux espoirs à ses premières heures, a viré au cauchemar.

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Notre pays sombre dangereusement dans l’une des crises les plus profondes et les plus destructrices de son histoire contemporaine. Une crise qui ne menace et ne compromet pas seulement le présent, mais hypothèque aussi gravement toute perspective de progrès durable pour les générations futures.

La transition qui avait suscité de nombreux espoirs à ses premières heures, a viré au cauchemar. Avec ses engagements progressivement trahis, sa mission dévoyée, elle a perdu toute crédibilité. Sa durée, ses ambitions et ses pratiques, contraires aux engagements de départ, ont installé une rupture de confiance profonde entre l’État et les citoyens.

Aujourd’hui, la foi en l’intégrité des institutions, en l’éthique et en la compétence des dirigeants et en la primauté de la loi sur l’arbitraire et l’oppression s’est effondrée, littéralement. Nous faisons face à une crise de moralité profonde, jamais encore égalée dans toute l’histoire du pays. Et pour cause, l’intérêt général est supplanté par la recherche effrénée de gains individuels.

L’enrichissement facile et personnel, souvent illicite, s’impose comme norme, tandis que l’intégrité devient un délit. Le patriotisme et toute prise de position en faveur de la dignité humaine et du respect des biens publics sont considérés comme des crimes passibles de disparitions forcées, de séquestrations, d’enlèvements ou d’emprisonnements.

Une dangereuse normalisation s’installe et s’enracine…

Le débat public, qui devrait éclairer, éduquer, rassurer et mobiliser, est transformé en une arène de manipulations, de repositionnements opportunistes et de légitimation d’un système monolithique, absolutiste et profondément vicié. Ce système qui repose aujourd’hui sur un mécanisme de prédation structuré, où l’accès au pouvoir est perçu comme une opportunité d’intégration dans une chaîne organisée de captation des ressources publiques.

Ainsi, une dangereuse normalisation s’installe et s’enracine, peu à peu : celle de s’accommoder du dysfonctionnement pour ne pas être marginal dans la prédation des ressources publiques. Chacun veut sa part du gâteau, et vite, ‘’comme au marché des loups’’. Le silence, la compromission et la connivence deviennent des stratégies de survie, si ce n’est un bouclier face à la répression actuelle que l’on semble redouter plus que le tribunal du peuple et le jugement de l’histoire.

Le pouvoir lui-même semble capturé par des logiques de personnalisation et de sacralisation, où certains dirigeants et courtisans sont érigés en figures incontestables, au-dessus des lois et des principes républicains, au service d’intérêts privés protégés, rêvés dans la durée. La corruption, loin de reculer, s’est institutionnalisée, modernisée et systématisée, souvent sous le couvert de discours de refondation et de rectification. Le fossé entre les effets d’annonces tonitruants de progrès dits réalisés et les réalités quotidiennes pénibles, subies par les populations n’a jamais été aussi abyssal.

Les femmes et les hommes intègres, porteurs de valeurs et animés de conscience patriotique, sont réduits au silence par la paupérisation, la peur, la répression, la marginalisation. L’espoir d’un futur collectif possible, fondé sur la loi et le mérite s’amenuise de façon drastique. L’administration publique, au lieu d’être un espace de service public pour combler les attentes des usagers est, aujourd’hui, une véritable caverne d’Ali baba.

C’est aussi un espace de suspicion généralisée, où chacun épie l’autre, tire la couverture sur lui au détriment de toute la nation. Dans ce contexte, certains acteurs économiques et diplomatiques, à leur tour, exploitent les failles du système, profitant d’un déficit de vision stratégique et d’engagement patriotique pour avancer leurs intérêts au détriment de la souveraineté nationale. Parallèlement, des élites politiques, administratives et religieuses, obnubilées par des intérêts sordides et immédiats, participent consciemment ou inconsciemment à cette dérive.

Le discours religieux est parfois instrumentalisé pour justifier l’injustice, la répression et la corruption, trahissant ainsi ses fondements éthiques et spirituels. Le débat intellectuel et politique est appauvri, remplacé par le conformisme, le griotisme de circonstance et l’abandon de l’esprit critique. Le leadership, au lieu d’incarner une vision, se limite trop souvent à des calculs opportunistes ou à des appétits de repositionnements qui vont à l’encontre de tous les principes et brouillent les repères de progrès. La responsabilité, qu’elle soit d’ordre institutionnel, politique, social et moral a cessé d’être une exigence.

C’est désormais une logique d’allégeance aux hommes forts du moment et de recherche de faveurs. Les relations sociales et institutionnelles sont désormais dominées par la peur, la manipulation et le mensonge, alimentant une course effrénée à l’accumulation anarchique des richesses au détriment du bien commun. Face à cette triste réalité, le silence n’est plus une option et l’indifférence n’est non plus une solution. Il nous faut nous armer de courage, de patriotisme avec une vision claire et un engagement sincère, si nous voulons mettre fin à une spirale infernale et ravageuse. L’heure est à un sursaut collectif de conscience.

Notre responsabilité historique

Il est impératif, pour tous et en particulier pour ceux qui détiennent aujourd’hui le pouvoir ou une influence déterminante dans la société de s’affranchir des illusions, des intérêts éphémères et des logiques de court terme. Car, ces choix, en apparence avantageux, constituent en réalité une prison morale et politique, dont les conséquences seront durement ressenties par la nation certes mais seront aussi et surtout fatales aux responsables et complices du chaos orchestré.

L’histoire jugera, mais avant cela, la conscience nationale doit se manifester pour se libérer du joug. A ce stade , notre patrie, à l’image d’une pauvre mère se tordant de douleurs au moment le plus critique de la maternité, a besoin d’être entendue et secourue. Elle tend la main à ses enfants et alliés, dans un élan républicain et patriotique. L’on doit se souvenir de l’image de la jarre trouée du Roi Guezo du Dahomey :  » Si chacun de vous, fils de cette nation, peut boucher un trou avec son doigt, la jarre retiendra l’eau’’. Si chaque guinéen se reveuille et s’engage avec une conscience patriotique secourable à notre pays, il se relèvera de sa chute actuelle et pour toujours. L’engagement républicain et patriotique, n’est plus une option, mais une obligation de suivi et de renaissance pour notre mère patrie.

 

Abdoul Sacko

Coordinateur National du Forum des Forces Sociales de Guinée (FFSG)

Consultant sur des Questions de Gouvernance et de Conflits

 

 

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