L’AFFAIRE BELLA BAH OU LE PROCÈS DE LA JUSTICE GUINÉENNE : QUAND L’ÉTAT SUBSTITUE LA RANCUNE AU DROIT
L’affaire Bella Bah dépasse largement le cadre d’un simple fait divers ou d’un incident judiciaire de plus. Elle agit comme un révélateur brut et sans concession de la dérive liberticide qui s’installe aujourd’hui en Guinée. Enlevé puis plongé dans une obscurité angoissante avant de réapparaître brutalement sous mandat de dépôt au TPI de Dixinn, cet activiste connu de tous pour son intégrité et son engagement patriote a fait les frais d’une méthode désormais bien rodée.
L’usage de la disparition forcée comme outil d’intimidation politique n’est pas seulement révoltant : c’est une violation flagrante des engagements internationaux de notre pays, à commencer par le Pacte relatif aux droits civils et politiques. Là où une justice sereine aurait émis une simple convocation à laquelle un citoyen responsable aurait répondu sans hésiter, le pouvoir a préféré la brutalité, le coup de force et la culture de la peur face à des voix libres et sans défense.
Le plus déconcertant dans ce dossier reste l’absurdité des poursuites, qui met à nu l’instrumentalisation de nos institutions. Le Grand Imam Elhadj Mamadou Saliou Camara, directement visé par les propos en cause, a fait preuve d’une hauteur morale remarquable : il a pardonné publiquement et demandé la libération de l’activiste, sans même avoir porté plainte. Dès lors, une question s’impose : qui poursuit, et au nom de quoi ? Quand la victime s’efface et tend la main, mais que le parquet s’obstine à vouloir écrouer, l’illusion d’une justice équitable s’effondre. Ce n’est plus le droit qu’on applique, c’est une rancune d’État qu’on assouvit contre quiconque refuse de rentrer dans le rang.

Face à ce mépris des libertés élémentaires, l’heure n’est plus aux demi-mesures. Des décideurs politiques aux magistrats du parquet, les responsables de cette machine répressive doivent comprendre une chose : la reddition de comptes et le respect du droit ne sont pas des options, mais des devoirs absolus. Le procès qui s’ouvre ne jugera pas seulement Bella Bah. Il placera la justice guinéenne elle-même face à ses responsabilités, la sommant de choisir entre la soumission aveugle à la politique du bâillon et le retour à sa mission fondamentale. L’arbitraire aura une fin, et ceux qui l’alimentent devront tôt ou tard en répondre devant l’Histoire.
《Lorsqu’une justice étouffe le pardon pour faire régner la peur, elle cesse d’être le bouclier des citoyens pour devenir l’instrument de leur asservissement ; la vérité et la dignité ne s’enferment pas sous mandat de dépôt.》
