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« Le fait pour des hommes en treillis d’investir le champ politique n’est pas une solution viable aux problèmes de gouvernance dans un pays ». (*)

‘’Si on en est encore aujourd’hui à une transition militaire, c’est parce que celle de 2010 a échoué’’; ‘’Une transition bâclée débouche forcément sur une nouvelle transition’’; ‘’Il faut faire en sorte que cette transition réussisse afin qu’elle soit la dernière’’.

Voilà le discours que l’on entend depuis un certain temps. Une transition apaisée et réussie est sûrement le souhait de tout le monde, car le fait pour des hommes en treillis d’investir le champ politique n’est pas une solution viable aux problèmes de gouvernance dans un pays. Leur mission première, ce pourquoi ils sont payés et ont été formés, est d’assurer la sécurité de leur pays, comme l’a indiqué Marwane Ben Yahmed dans un éditorial publié dans Jeune Afrique et intitulé ‘’Les illusionnistes’’.

Pour revenir au cas de la Guinée, il est difficile pour un membre du CNT de 2010 d’admettre que la transition actuelle est la conséquence de celle de 2010. Et dans tous les cas, toutes les irrégularités et toutes les imperfections de la transition version CNDD ont été, dans une certaine mesure ‘’purgées’’ par le fait qu’elle a abouti à l’organisation d’une présidentielle en 2010, de législatives en 2013 et d’une autre présidentielle en 2015. Ces élections, en dépit des contestations auxquelles elles ont donné lieu, ont été toutes validées par les organes compétents. Et de fait, l’opposition avait fini par se conformer aux résultats proclamés, au moins dans les actes. Et c’était le plus important.

Ainsi, la transition que connaît le pays depuis le 5 septembre 2021, doit avoir sa justification ailleurs. Et d’ailleurs, dans les autres pays africains qui connaissent une transition militaire, celle-ci ne trouve pas sa cause dans l’échec d’une précédente transition militaire.
Au Mali, le coup d’État du capitaine Amadou Haya Sanogo, intervenu le 22 mars 2012, un peu plus de deux mois avant la fin du second mandat du Président Amadou Toumani Touré, était lié, selon les putschistes, à la gestion du conflit au Nord du Mali. Ce coup d’État n’avait donc rien à voir avec l’échec d’une transition antérieure.
Le renversement du Président Ibrahim Boubacar Keita, le 18 août 2020, par le colonel Assimi Goïta était consécutif à une crise politique aiguë. ‘’Le coup d’État dans le coup d’État’’ de mai 2021 perpétré par le même colonel Goïta a été présenté comme une sorte de rectification de la trajectoire de transition en cours. C’est le nouveau jargon pour expliquer ‘’un coup d’État dans un coup d’État’’.
Au Burkina, le coup d’État du 24 janvier 2022 contre le Président Kaboré n’était pas lié à l’échec d’une précédente transition. La mise à l’écart du Lieutenant-colonel Paul Henri Sandaogo Damiba, auteur de ce coup d’État, par un autre coup de force, apparaît également comme une rectification de la trajectoire de la transition.
Au regard de ces situations, il serait intéressant que les spécialistes de la question s’y penchent afin d’étudier les causes de cette résurgence des coups d’État militaires en Afrique de l’Ouest notamment, là où l’on pouvait penser que la démocratie commence à s’enraciner petit à petit contrairement à l’Afrique Centrale des présidents à vie.
À la longue, c’est la notion même de ‘’transition bâclée’’ qui risque de poser problème. En effet, à partir de quel.s critère.s peut-on dire qu’une transition est bâclée ? Qui définit ce.s critère.s?
Si ce sont des militaires qui doivent définir les critères d’une transition bâclée, on pourrait aisément imaginer la suite. C’est dire que dès qu’ils estimeront, selon les critères qu’ils auront définis, que la transition est bâclée, ils passeront à l’action pour ouvrir une nouvelle période de transition.
C’est pourquoi, les transitions militaires consécutives à un putsch ne doivent être perçues comme une solution mais plutôt comme le révélateur d’un problème qu’il faut absolument identifier et régler en respectant les aspirations démocratique des citoyens. Car, encore une fois, il n’y a pas de véritable alternative à la démocratie.

Mohamed TRAORE

 

(*) Marwane Ben Yahmed, Directeur de publication de Jeune Afrique

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