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Les autorités de transition doivent protéger la presse (*)

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La récente série de violations de la liberté de la presse est en contradiction avec l’engagement du gouvernement en faveur de la liberté de la presse. Entre mai et août 2022, au moins 14 journalistes ont été détenus ou agressés en Guinée, notamment par les forces de sécurité et des agents publics ainsi que par des manifestants.

Un an après le coup d’État militaire de septembre 2021 en Guinée, l’IPI rappelle aux autorités du gouvernement de transition guinéen que des médias indépendants et la liberté de la presse sont indispensables à une transition démocratique. Nous demandons aux autorités de transition de veiller à ce que la presse puisse faire son travail de manière indépendante et en toute sécurité et à ce que les journalistes soient protégés dans l’exercice de leur mission d’information du public.

Promesses en matière de liberté de la presse

Le passé récent de la Guinée a été marqué par des troubles politiques et des violations des droits de l’homme, notamment avec des manifestants tués sous le régime de l’ancien président Alpha Condé, qui a été renversé par un coup d’État militaire le 5 septembre 2021, dirigé par l’actuel président par intérim, le colonel Mamady Doumbouya.

Le coup d’État militaire a eu lieu après que le président Condé s’est accroché à un troisième mandat à travers un référendum constitutionnel controversé. Le régime de transition semblait initialement favorable à la presse, selon les groupes locaux de défense de la liberté de la presse, qui ont déclaré que Doumbouya leur avait assuré que les médias pouvaient fonctionner librement et les avait même invités à poursuivre leurs enquêtes, notamment sur la corruption.

Toutefois, les récents développements suscitent des inquiétudes quant au respect des droits par le gouvernement de transition. Ceci est largement souligné par la récente dissolution, le 8 août 2022, du Front National pour la Défense de la Constitution (FNDC), une coalition de partis politiques et d’organisations de la société civile qui s’est battue contre les efforts du Président Condé pour obtenir un troisième mandat. En outre, ces derniers mois ont été marqués par une série d’attaques contre la presse, notamment de la part d’agents de l’État et d’autorités publiques.

Récente série d’attaques contre la presse

Mohamed Bangoura, Directeur de mosaiqueguinee

Le 5 août, Mohamed Bangoura, journaliste et directeur de la plateforme d’information mosaiqueguinee.com, a été convoqué par les autorités militaires au siège des renseignements militaires, EMGA, en raison de la publication d’un article relatif à la disparition d’un véhicule chargé de produits contrefaits dans une caserne militaire. Toutefois, suite à l’intervention du Syndicat des Professionnels de la Presse de Guinée (SPPG), un groupe local de défense de la liberté de la presse, l’affaire a été portée devant l’organe de régulation des médias, la Haute Autorité de l’Audiovisuelle (HAC), et réglée à l’amiable, selon le SPPG.

Le 4 août, Mamadou Hady Diallo de la station de radio Djoma Kakande a été malmené par des militaires dans le nord-ouest du pays alors qu’il couvrait une manifestation de travailleurs du secteur minier. Le même jour, Mamadou Boullere Diallo, d’Espace TV, dans la capitale, Conakry, a également été agressé par les forces de sécurité.

Le 28 juillet 2022, quatre journalistes – Abdallah Camara, Mohamed Sangaré, Laafa Sow et Algassimou Baldé – travaillant pour différents médias privés ont été agressés par des inconnus alors qu’ils couvraient des manifestations publiques à Conakry. Certains des équipements de travail des journalistes ont également été saisis par les manifestants lors de l’agression.

Toujours en juillet, lors de l’arrestation de trois dirigeants du FNDC dissout, deux autres journalistes, Aly Badara Camara d’Espace TV et Alseny Aye Soumah du média Djoma, ont été agressés les 5 et 7 juillet 2022, respectivement, par des manifestants à Conakry. La voiture de Camara a été endommagée tandis que Soumah a été blessé.

Le 15 juin 2022, l’ancien député Aboubacar Soumah a agressé le journaliste Ahmed Camara de Radio Espace pendant une émission en direct. Confronté avec des preuves sur son soutien aux tentatives d’Alpha Condé pour obtenir un troisième mandat, l’ancien législateur s’est mis en colère et a agressé physiquement le journaliste. Le lendemain, le 16 juin, dans la localité de Dinguiraye, dans le centre-nord de la Guinée, le journaliste Mamadou Sagnane a été arrêté et libéré le jour suivant pour avoir diffusé un communiqué d’une manifestation publique.

Cinq semaines plus tôt, quatre journalistes ont été agressés dans les régions de Kankan et Dubreka par des acteurs étatiques, notamment des agents publics locaux et des forces de sécurité. Le 24 mai 2022, un officier militaire de haut rang, Charles Kolipé Lamah, a agressé physiquement et verbalement Cheick Sekou Berthe et Ahmed Sekou Nabe, journalistes travaillant pour les radios Espace Kankan et Nourdine FM, alors qu’ils couvraient une opération de déguerpissement d’espace public dans la région de Kankan, dans l’est de la Guinée. Le 17 mai, Sayon Camara et Moustapha Diané, deux journalistes travaillant pour les médias Actu21 et Web TV Sokolo à Dubreka, une ville située à environ 50 km de Conakry, ont été agressés par des agents du district local et le préfet de la localité. Le duo a été empêché de couvrir un reportage sur une opération similaire de déguerpissement d’espace public dans la ville.

La récente série de violations a conduit les défenseurs des droits de la presse dans le pays à exprimer leur inquiétude quant à la situation de la liberté de la presse dans le pays.

Si, dans un premier temps, les autorités de transition ont indiqué qu’elles respecteraient et feraient respecter la liberté de la presse et permettraient aux journalistes et aux médias de travailler en toute indépendance, les récentes violations de la liberté de la presse en Guinée laissent penser le contraire”, a déclaré à l’IPI Sekou Jamal Pendessa, secrétaire général du Syndicat des professionnels de la presse de Guinée (SPPG).

Appel d’IPI aux autorités de transition à protéger la presse

IPI appelle le gouvernement de transition de la Guinée à assurer la sécurité des journalistes et à prendre des mesures concrètes pour que les auteurs de toutes tentatives visant à entraver le travail de la presse soient tenus responsables de leurs actes.

Un an après le coup d’État militaire, nous sommes de plus en plus préoccupés par les attaques contre les journalistes dans l’exercice de leur rôle de surveillance démocratique en Guinée “, a déclaré Scott Griffen, directeur adjoint de l’IPI. “La Guinée doit veiller à ce que la presse puisse faire son travail, en particulier pendant cette phase de transition. Nous condamnons toutes tentatives visant à entraver le travail des médias et nous exhortons les autorités de transition à demander des comptes aux responsables de ces actes.”

 

(*) https://ipi.media/guinee-un-an-apres-le-coup-detat-les-autorites-de-transition-doivent-proteger-la-presse/

Note :

 

L’IPI est une association de professionnels des médias représentant les principaux organes d’information numériques, imprimés et audiovisuels dans près de 100 pays. Nos membres fournissent la preuve la plus claire possible de l’universalité de la liberté des médias et des valeurs fondamentales du journalisme.

Grâce à ses membres, l’IPI parle d’une voix unique et puissante au nom de la liberté des médias.

Les membres de l’IPI travaillent en coopération pour façonner le débat sur les politiques affectant les médias et repousser ceux qui cherchent à restreindre la libre circulation des nouvelles et des informations afin de protéger les intérêts politiques, économiques ou autres. Tout aussi important, l’adhésion à l’IPI offre une solidarité face à l’oppression. Tout au long de son histoire longue de plusieurs décennies, la force du réseau de l’IPI a protégé les journalistes contre les attaques ou contraint les violateurs de la liberté des médias à faire marche arrière au milieu d’une exposition mondiale de leurs actions.

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