Port de Conakry : quand Conakry Terminal transforme l’échec en succès
Après le classement humiliant du port de Conakry dans le CPPI 2025, les explications du directeur général de Conakry Terminal peinent à convaincre.
La sortie médiatique du directeur général de Conakry Terminal, Emmanuel Masson, après le très mauvais classement du port de Conakry dans l’indice CPPI 2025, avait manifestement un objectif : rassurer, relativiser, noyer la contre-performance dans un discours sur la croissance, l’attractivité et les investissements. Mais à l’arrivée, elle soulève davantage de questions qu’elle n’apporte de réponses.
Que nous dit en substance M. Masson ? Que si le port de Conakry est presque bon dernier au monde – 399e sur 400 ports, et 53e sur 54 en Afrique – c’est en quelque sorte parce qu’il est victime de son succès. Le trafic augmente, les bateaux affluent, l’économie guinéenne serait parmi les plus dynamiques du monde, et le port aurait du mal à absorber cette poussée. L’argument est séduisant sur le papier. Il l’est beaucoup moins au contact des faits.
Car enfin, depuis quand la vitalité économique est-elle devenue une circonstance atténuante pour l’inefficacité logistique ? Un port performant est précisément un port capable d’anticiper la hausse du trafic, d’adapter ses capacités, d’optimiser ses délais et de fluidifier les opérations. Lorsqu’un navire attend trop longtemps pour accoster, lorsque les conteneurs s’accumulent, lorsque les coûts explosent et que les opérateurs fuient vers les ports voisins, ce n’est pas la preuve d’un succès. C’est le symptôme d’une congestion mal gérée. Ça, on l’a dit. (re) dit. (re-re) dit.
Et puis, quand M. Masson affirme que la Guinée fait partie ‘‘des économies les plus dynamiques du monde’’, on serait curieux de connaître la source exacte d’une telle affirmation. Oui, l’économie guinéenne est portée par le secteur minier. Oui, certains indicateurs de croissance sont soutenus. Mais non, cela ne suffit pas à transformer la Guinée en championne économique mondiale. Même à l’échelle sous-régionale, la Guinée n’occupe pas le trio de tête des économies les plus dynamiques selon les projections les plus souvent citées, où figurent plutôt le Bénin, le Niger et la Côte d’Ivoire. À force de survendre la réalité, on finit par fragiliser sa propre défense. Et à faire des petits arrangements avec la vérité.
Plus surprenante encore est cette phrase : ‘‘Certains ports de la sous-région disposent davantage de quais, réalisent deux fois moins de trafic, connaissent eux aussi des phénomènes de congestion et obtiennent pourtant une meilleure note que nous. Alors, qui est performant et qui ne l’est pas ?’’ Questions : Faut-il comprendre que la Banque mondiale et S&P Global Market Intelligence se seraient trompées ? Qu’elles auraient mal noté Conakry ? Qu’il y aurait une forme d’injustice ou de conspiration statistique contre le port guinéen ? Autrement dit, lorsque le thermomètre affiche une mauvaise température, on préfère soupçonner le thermomètre. C’est un grand classique des mauvais élèves : au lieu de regarder leur copie, ils contestent le corrigé.
La vérité est plus simple, et plus dure. Les problèmes du port de Conakry ont déjà produit des effets très concrets sur l’économie nationale. De nombreux opérateurs économiques ont détourné leurs flux vers les ports voisins pour éviter les lenteurs et les surcoûts. La désorganisation au PAC a contribué à renchérir les prix des marchandises, alimentant une inflation déjà lourde pour les ménages. Dans ce contexte, les 250 millions d’euros d’investissements mis en avant par Conakry Terminal ressemblent moins à un argument qu’à un aveu d’échec. Car un investissement ne vaut pas par le chiffre qu’on annonce en conférence de presse. Il vaut par les résultats qu’il produit sur le terrain. Et le terrain, lui, parle cruellement : malgré ces centaines de millions d’euros, le port de Conakry reste l’un des plus mal classés au monde.
Au lieu de servir aux Guinéens un récit d’autosatisfaction mal ajusté, Conakry Terminal ferait mieux d’apporter des réponses simples à des questions simples : pourquoi les navires attendent-ils autant ? Pourquoi les coûts explosent-ils ? Pourquoi les opérateurs contournent-ils Conakry ? Et surtout, à quoi ont concrètement servi ces investissements massifs si, au bout du compte, le port reste englué dans la contre-performance ?
Le problème du port de Conakry, ce n’est pas qu’il attire trop. C’est qu’il ne suit pas. Et ce n’est pas en rebaptisant l’échec en succès qu’on réglera le problème.
Ibrahima S. Traoré pour guinee7.com

Source: https://www.guinee7.com/2026/06/25/
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