Contre La sansure

Protocole USA–Guinée signé en silence : quelles justifications du ministère de la santé ? (Par Taliby Diané)

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Il y a un peu plus d’un mois, la ministre de la Santé, accompagnée de son homologue en charge des Finances, de l’Économie et du Budget, a signé avec la chargée d’affaires de l’ambassade des États-Unis à Conakry un protocole d’accord sanitaire d’une portée majeure. Cet accord, d’un montant total de plus de 142 millions de dollars, dont plus de 91 millions financés par la partie américaine et plus de 51 millions par la Guinée, couvrira la période 2026–2030.

Avec cette signature, la Guinée rejoint une vingtaine de pays africains ayant déjà conclu un protocole similaire. Elle s’inscrit ainsi dans la nouvelle stratégie américaine de coopération internationale en matière de santé publique, présentée comme visant à renforcer les systèmes sanitaires, améliorer la prévention et soutenir la réponse aux crises sanitaires.

Un timing qui soulève des questions

L’adoption de ce protocole intervient alors que les deux ministres concernées venaient tout juste de prendre fonction. Dans un délai aussi court, il est légitime de s’interroger sur la possibilité d’avoir analysé en profondeur un document d’une telle ampleur. Certains invoqueront la continuité de l’État, mais même dans ce cadre, la rapidité de la procédure interpelle.

Une absence totale de débat national

Le point le plus marquant reste l’absence de débat public, avant comme après la signature. Aucune consultation élargie des acteurs du secteur, aucune communication détaillée sur les implications concrètes pour le système de santé guinéen. Si la ministre a évoqué certains bénéfices attendus, plusieurs zones d’ombre demeurent :

  • Quels engagements précis la Guinée a-t-elle pris ?
  • Quels mécanismes de suivi, de contrôle ou d’évaluation sont prévus ?
  • Pourquoi un accord présenté comme stratégique n’a-t-il pas été soumis à un échange national transparent ?

Des débats ailleurs, un silence en Guinée

Ces interrogations méritent d’être clarifiées par le ministère de la Santé, d’autant que ce partenariat suscite des discussions dans plusieurs pays africains et au-delà. Dans certains États, des organisations de la société civile, des experts en santé publique ou des professionnels du secteur ont exprimé des préoccupations concernant :

  • Une baisse moyenne de 40 % des investissements, selon certains analystes, par rapport aux financements américains des cinq dernières années.
  • Le transfert progressif du personnel de santé de première ligne, actuellement financé par les États-Unis, vers la masse salariale des États partenaires ou signataires.
  • L’accès des États-Unis aux données sur les agents pathogènes à potentiel épidémique.
  • L’accès aux données des patients, selon les modalités prévues dans certains pays
  • Dans les pays à fort potentiel minier, comme la Guinée ou la RDC, la signature du protocole serait conditionnée à des accords relatifs à l’accès à certains minéraux stratégiques.

Dans ce contexte, le contraste est notable : alors que ces questions alimentent des débats ailleurs, le silence est total en Guinée.

Par ailleurs, lorsqu’on compare la contribution allouée à la Guinée à celles accordées à d’autres pays signataires, le montant apparaît relativement modeste. Cette différence interroge sur les critères de répartition, les priorités stratégiques et la place réelle accordée à la Guinée dans ce dispositif de coopération.

Un débat national aurait dû précéder la signature

Au regard des enjeux économiques, financiers et sanitaires, un débat national aurait permis d’éclairer les professionnels du secteur et les citoyens sur les implications de cet accord. Une communication plus transparente aurait également contribué à renforcer la confiance autour d’un partenariat présenté comme stratégique.

Dans d’autres pays, comme le Kenya ou le Zimbabwe, la société civile, des associations professionnelles et des acteurs du secteur de la santé se sont saisis de ce protocole similaire pour en demander la clarification, parfois même devant les tribunaux. Ces précédents montrent qu’un tel accord peut légitimement faire l’objet d’un examen approfondi, tant sur le plan juridique que sur le plan des politiques publiques.

En Guinée, la question demeure ouverte : qui portera ce débat et à quel niveau il sera posé ?

Taliby Diané

Source: https://www.visionguinee.info/

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