Contre La sansure

Satire à vue: Coplan se tire et nous laisse dans un délire

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Non, il ne s’agit pas du personnage de Paul Kenny. L’écrivain dont les œuvres, plusieurs fois adaptées au cinéma, ont fasciné les férus de romans d’espionnage et de polars. À Conakry, dans des salles comme le « Palace », le « Club », le « Vox » et autre « Rialto », un de ces films a connu, notamment auprès des ados, un grand succès à l’époque : « Coplan FX 18 casse tout » !

Tant et si bien que certains ont même adopté ce surnom, tout comme d’autres se faisaient appeler Django, Fantomas, Gordon ou simplement Fernando Sancho.

Celui dont il est question dans ces lignes, ne sort pas d’une œuvre de fiction. On peut même dire qu’il est au cœur de l’actualité brûlante. En chair, en os et enveloppé d’autant de cauris que de mythes.

Récemment, il s’est cassé de la prison centrale de Conakry, en compagnie de l’ancien big boss de la junte version 2009, Dadis Camara, et deux autres codétenus. Sauf que Claude Pivi alias Coplan, contrairement à ses compagnons de cavale qui ont fini par retourner à la case prison, lui est toujours dans la nature. Introuvable, le mec. En tout cas pour l’instant, seule son ombre plane dans le prétoire du tribunal criminel de Conakry, où se tient le procès sur le carnage du 28 septembre 2009…

Le ministère de la justice, avec à sa tête l’inénarrable Charles Wright, a mis sa tête à prix : 500 millions de francs guinéens (environ 50 mille euros) pour toute information permettant son arrestation. C’est vrai que l’on est loin de ce que les Américains avaient promis pour mettre le grappin sur Ben Laden, mort ou vif. Mais à l’évidence, il y a là de quoi susciter une véritable vocation de chasseur de primes dans un pays où la pauvreté est le lot de l’immense majorité de la population. À moins que la réputation de dur à cuire du fugitif (ainsi que sa terrible tronche) n’incite plutôt à réfléchir à deux fois avant de jouer au mouchard …

Le caractère rocambolesque de cette évasion qui a fait des victimes collatérales, après bien d’autres escapades de prisonniers à l’intérieur du pays, continue tout naturellement de susciter des commentaires qui relèvent, pour certains, davantage de la légende que de la réalité.

En outre, cela renforce l’atmosphère d’insécurité qui règne à la fois parmi les citoyens ordinaires, les personnes influentes et les avocats impliqués dans le procès. On se demande qui peut réellement se sentir en sécurité dans ce pays !

Maintenant que la chasse à l’homme est lancée, quelle sera la suite avant que le mot FIN ne s’affiche au milieu de l’écran ? Aura-t-on droit à des péripéties dignes d’un film formidable ? Ou allons-nous vers un dénouement fort minable qui va laisser plus d’un sur sa faim ?

Et que dire de ce sentiment de déjà vu qui persiste ? Depuis des lustres, notre pays ressemble à une maison folle, où règnent le désordre, la précarité, l’insécurité et un avenir plombé. On ne peut s’empêcher de se demander si le Comité National du Rassemblement pour le Développement (CNRD), actuellement au pouvoir, n’est pas un avatar du Conseil National pour la Démocratie et le Développement (CNDD) de 2009. Si ce n’est pas le cas, on a tout de même l’impression que le premier est en train de marcher dans les pas du second.

Pourtant la Guinée mérite beaucoup mieux. Il est essentiel que les dirigeants actuels œuvrent véritablement pour le bien-être de tous les citoyens. Seul un engagement sincère en faveur de la démocratie, de l’Etat de droit et du développement pourra permettre de rompre avec ce cycle de désillusion et d’instabilité qui perdure depuis si longtemps.
Thomas Fuller a écrit que « le paradis des fous, est l’enfer des sages. »
À méditer…

A. Top SYLLA

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