Contre La sansure

MAMADI DOUMBOUYA : LE CHRISTOPHE COLOMB DE L’OR GUINÉEN

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Il y a des découvertes qui changent l’histoire de l’humanité. Newton a découvert la gravitation en regardant tomber une pomme. Archimède a découvert la poussée hydrostatique en prenant son bain. Fleming a découvert la pénicilline par accident dans une boîte de Petri.

Et en juin 2026, le genre humain a eu le privilège insigne, l’honneur bouleversant, la chance proprement cosmique d’assister à une révélation de grandeur comparable, peut-être même supérieure : L’or guinéen quitte la Guinée sans être transformé.

Prenez un moment. Respirez. Laissez la nouvelle s’installer dans votre conscience ébranlée. L’or part brut. Brut. Sans raffinement, sans valeur ajoutée et sans transformation. L’or sort du sol guinéen à l’état d’or, monte dans des camions à l’état d’or, prend l’avion à l’état d’or, atterrit à Dubaï à l’état d’or, et ce phénomène sidérant, ce scandale cosmique, cette anomalie géologique et économique d’une subtilité renversante vient d’être détecté.

Le génie, quand il surgit, n’avertit pas. Il faut dire, soyons justes, que la chose n’était pas facile à remarquer. Les habitants de Siguiri, Mandiana et Kérouané, pourtant directement concernés, n’avaient manifestement pas jugé utile de signaler à qui de droit que leurs enfants grandissaient dans la poussière des mines pendant que les profits faisaient du tourisme international. Négligence coupable ou manque de civisme élémentaire. On ne leur en voudra pas trop. Les gens simples ne perçoivent pas toujours les subtilités macroéconomiques qui leur passent sous le nez depuis leur naissance.

Les rapports de l’ONG Global Witness ? Classés. Les alertes répétées des économistes ? Mal formulées. Les statistiques d’exportation disponibles en ligne ? Trop numériques. Les scandales documentés sur la contrebande de l’or vers les Émirats Arabes Unis ? Trop internationaux pour être lus localement. Les conventions minières signées, paraphées, tamponnées ? Trop juridiques pour être appliquées.

Heureusement, l’œil infaillible du génie révélateur, Mamadi Doumbouya, est passé par là. Et soudain, comme Moïse voyant le buisson ardent, comme Newton sous son pommier, comme Archimède bondissant hors de sa baignoire, l’illumination. L’or part brut.

Pourtant, le plus grandiose dans cette histoire n’est pas la découverte elle-même. C’est le ton. « Je ne suis pas venu négocier ». Magnifique, souverain, historique et surtout, révolutionnaire. Mais, question d’enfant, pardonnez l’impertinence, pendant les cinq années précédentes, avec qui précisément négociait-on, pendant que l’or prenait tranquillement ses quartiers à Dubaï ? Avec les fantômes de Bouré ? Avec les génies des cavernes de la Haute-Guinée ? Avec les philosophes invisibles du Mandé ? Avec l’air chaud des discours antérieurs, également historiques, révolutionnaires, et sans retour en arrière ? La question est indiscrète. Écartons-la. Il ne sied pas d’embarrasser les grands découvreurs avec des détails chronologiques.

Christophe Colomb, parlons-en, a découvert l’Amérique en 1492. Il faut lui reconnaître ce mérite. Il ignorait sincèrement que des dizaines de millions d’Amérindiens y vivaient depuis des millénaires. Son ignorance était au moins géographiquement excusable, l’Amérique était loin, les cartes étaient fausses, les caravelles étaient lentes.

Mais découvrir en 2026 que l’or guinéen part sans être transformé, alors que les bulletins miniers, les rapports annuels des compagnies extractives, les données douanières, les enquêtes journalistiques, les études universitaires, les débats parlementaires du monde entier et le simple bon sens documentent ce fait depuis des décennies, cela relève d’un exploit autrement plus remarquable. Colomb avait au moins l’excuse de l’Atlantique.

Naturellement, après la révélation vient la promesse. La plus grande raffinerie d’Afrique. La Guinée est devenue, il faut le reconnaître, le pays continental du superlatif permanent. Le plus grand gisement, la plus grande transition, le plus grand programme, la plus grande ambition, la plus grande vision, le plus grand plan, le plus grand avenir. Tout y est toujours le plus grand, le plus historique, le plus inédit, le plus extraordinaire, le plus révolutionnaire et, accessoirement, le plus imminent.

À ce stade, on attend avec une impatience palpable l’inauguration de la plus grande usine de transformation des annonces du continent africain. Car celle-là, au moins, fonctionnerait à plein régime. Mais soyons sérieux une seconde, juste une. Une raffinerie, dans le monde réel, le monde ennuyeux des ingénieurs et des économistes, ne se construit pas avec des apostrophes au micro. Elle exige des investissements colossaux, des ingénieurs métallurgistes formés, des laboratoires de certification internationale, des mécanismes de traçabilité reconnus par les marchés mondiaux, des institutions bancaires spécialisées, des cadres règlementaires stables, des partenaires industriels sérieux, une énergie fiable, une logistique souveraine et, détail souvent négligé dans les discours historiques, du temps. Beaucoup de temps. Des années, peut-être des décennies. Or le discours souverainiste, lui, ne prend que dix minutes. Et il est infiniment plus photogénique.

Cependant, ne soyons pas ingrats. L’idée de transformer l’or en Guinée est excellente, irréprochable. Urgente, même. Tout économiste sensé, tout patriote cohérent, tout citoyen lucide ne peut qu’applaudir l’ambition. C’est le calendrier qui prête à sourire.

Découvrir en 2026 qu’il fallait le faire relève de la cocasserie. Se présenter comme l’inventeur de cette évidence, cette évidence vieille comme les mines elles-mêmes, aussi ancienne que la première exportation coloniale, aussi connue que le soleil au-dessus de Conakry, relève, disons-le doucement, de l’archéologie politique poussée à son degré le plus raffiné.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Car les prochaines révélations s’annoncent prometteuses. En 2028, peut-être découvrira-t-on que cette bauxite que la Guinée possède en quantités qui défient l’imagination, peut, elle aussi, être transformée sur place en aluminium.

En 2030, on apprendra peut-être avec stupéfaction que les barrages hydroélectriques servent à produire de l’électricité, et que cette électricité pourrait, ô miracle, alimenter des industries guinéennes plutôt que de partir elle aussi en voyage.

En 2033, la révélation que les routes permettent de transporter des marchandises sans les confier à la boue. Et en 2035, apothéose de l’odyssée révélatrice, que les peuples ne se nourrissent pas de discours historiques, aussi magnifiques soient-ils, mais d’industries, d’emplois, de revenus et de résultats concrets, mesurables, vérifiables, tangibles.

D’ici là, applaudissons. Levons-nous, même. On n’assiste pas tous les jours à la naissance d’un grand découvreur. D’un Mamadi COLOMB Doumbouya.

Alpha Issagha Diallo

Géologue des évidences exhumées après cinq ans de fouilles présidentielles

Membre fondateur de l’Académie internationale des Superlatifs Inexistants

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