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Si Colonel Doumbouya avait accepté de suivre les conseils donnés par Tierno Monénembo, il y a un an…

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L’année dernière, alors qu’il venait à peine de renverser le régime d’Alpha Condé et prendre les commandes du pays, Colonel Mamadi Doumbouya a reçu de nombreux conseils pour ne pas emprunter les mauvaises voies, les mauvais chemins. Au nombre de ceux-ci, celui de l’intellectuel guinéen Tierno Monénembo qui, il y a un an, a écrit :  

Que faire ? Impossible pour un pays à la croisée des chemins comme la Guinée, de contourner cette question de tous les jours que Lénine a rendue célèbre, presque énigmatique. Oui, que faire en cette période trouble où pour la seconde fois de notre chaotique histoire, nous sommes conduits à emprunter le chemin d’une difficile transition : celle de tous les espoirs, celle de tous les dangers ? Ou plutôt que ne pas faire ?

Inverser la question n’a rien d’incongru, rien de provocateur. A bien y penser, le génie en politique, ce n’est pas de savoir ce qu’il faut faire, c’est de savoir ce qu’il ne faut pas faire. Interrogé sur la gestion des Indépendances africaines, à la fin du siècle dernier, Aimé Césaire (il fut un ami de Fodéba Keïta et un soutien inestimable pour Sékou Touré quand celui-ci était encore présentable) avait dit ceci : « La Guinée, c’est exactement cela qu’il ne fallait pas faire ». Venant d’un homme aussi averti que le grand poète martiniquais, cette affirmation sonne comme un sérieux rappel à l’ordre adressé à notre intraitable bonne conscience nationale.

Cela veut dire que si nous ne changeons pas de cap, que si nous continuons à avancer les yeux fermés, ce sera très vite, le plongeon dans l’abîme. Nous avons tendance à croire que puisque « c’est nous, les Guinéens », tout ce que nous disons et faisons est parfait. Or, le bilan est là : désastreux à tous les niveaux. Si désastreux que de notre Indépendance, il ne reste plus que la sonorité du mot. Un vrai travail de nigauds ! Cette transition-ci est notre dernière carte, nous avons grillé toutes les autres. C’est le moment ou jamais de faire une pause, de reprendre nos esprits. Nous nous trouvons aujourd’hui dans une étroite passerelle, haut perchée au-dessus du vide. La moindre erreur nous sera fatale à nous tous, au Colonel Doumbouya en premier lieu.

D’abord, quel est notre problème ? Aucun ! La Guinée n’a pas de problème, elle n’a que des faux problèmes (le tribalisme en est le plus gros). Par définition, le faux problème est insoluble. En Mathématique, quand l’énoncé est faux, l’équation ne débouche sur aucune solution. Sékou Touré et ceux qui l’ont suivi, ont fait de leurs problèmes personnels, les problèmes du pays. Sortons du culte du chef, éloignons-nous de la démagogie, de la bassesse d’âme, de l’étroitesse d’esprit et de la mesquinerie ! Soyons des hommes ! Voyons loin, voyons grand ! Seulement, faisons vite, nous n’avons pas le temps de nous perdre dans des considérations inutiles.

Les autorités de transition n’ont ni la compétence ni la légitimité d’aborder les questions de fond. Leur rôle se résume en deux points : expédier les affaires courantes et organiser des élections au-dessus de tout soupçon. C’est tout. La bonne transition, c’est la transition brève. La bonne transition, c’est la transition propre.

Colonel Doumbouya, ne faites pas comme Sékouba Konaté : ne succombez pas aux charmes démoniaques du tribalisme et des magouilles de toutes sortes qui vont avec.

La Guinée est une famille, mon colonel. Malheureusement, les discours haineux de Sékou Touré, de Lansana Conté et d’Alpha Condé ont dangereusement fragilisé sa cohésion. Si vous reproduisez l’arnaque de 2010, je vous assure qu’elle va exploser en mille morceaux. Rien, ni personne ne pourra l’empêcher.

Colonel, vous ne le savez peut-être pas, mais il n’y a rien de plus fragile qu’un pays« .

La Guinée n’a pas de problème, elle n’a que des faux problèmes

Si Colonel Doumbouya avait accepté de suivre les conseils donnés par Tierno Monénembo, il y a un an, il ne serait pas aujourd’hui en train de rechercher les voies et moyens pour organiser un cadre de dialogue inter-guinéen…, la Guinée n’aurait pas été en crise sociopolitique pour être obligée de se soumettre à la médiation de la Cedeao. Les investisseurs qui avaient boudé la Guinée quand l’ex président Alpha Condé a fait modifier illégalement la Constitution, pour s’octroyer un 3 ème mandat, dans la perspective d’être un président pratiquement à vie, se seraient bousculés à Conakry et le pays n’aurait perdu ses chances d’organiser la CAN 2025.

Et comme Tierno Monénembo, disons : « La Guinée n’a pas de problème, elle n’a que des faux problèmes (le tribalisme en est le plus gros). Par définition, le faux problème est insoluble. En Mathématique, quand l’énoncé est faux, l’équation ne débouche sur aucune solution. Sékou Touré et ceux qui l’ont suivi, ont fait de leurs problèmes personnels, les problèmes du pays. Sortons du culte du chef, éloignons-nous de la démagogie, de la bassesse d’âme, de l’étroitesse d’esprit et de la mesquinerie ! Soyons des hommes ! Voyons loin, voyons grand ! Seulement, faisons vite, nous n’avons pas le temps de nous perdre dans des considérations inutiles ».

Ibrahima Sory BALDÉ

 

 

 

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